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Banièreb du bas
REPORTAGE/BERLIN (ALLEMAGNE)

Dans l’enfer des migrants africains

2019-05-09 23:50:00
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International

Sous la houlette d’Angela Merkel, comment l’Allemagne organise la réinsertion sociale des migrants qui pour la plupart, arrivent d’Afrique et du Moyen Orient. Grace à la « Fondation Friedrich Nauman fûr die Freiheit», nous allons en reportage à Berlin à la rencontre de ces personnes venues d’ailleurs et en quête d’un mieux-être.

 

L’air est frais. La température varie entre 3 et 4 degré le matin. De la bouche, se dégage une sorte de « fumée de vapeur ». Berlin. A Kottbusser Tor se trouve Grölitzer Park (Parc de Grötlizer). Dans une atmosphère glaciale, de ce parc, s’élève de la fumée de cannabis.  Pour la plupart, ce sont des migrants africains qui y ont pris leur quartier et s’activent autour du cannabis. Des équipes sont formées et sillonnent les abords du parc. Certains déambulent à l’intérieur pour faire ce qui est devenu leur boulot en Allemagne, la vente de la drogue. Pourquoi ? Parce qu’ils n’ont pas de papiers bien qu’ils soient acceptés sur le sol allemand. Pourtant, dans les rues à côté, la police veille. Mais ces « dealers » venus d’Afrique sont sereins. Ce qui intrigue le premier venu. Une pratique illicite qui semble légal dans un pays où la loi est rigoureusement appliquée. Un tour dans ce parc fait comprendre que nous ne voyions que la partie visible de l’iceberg. Les migrants de l’Afrique subsaharienne pullulent dans ce parc pourtant destiné à l’évasion, au repos et au divertissement. Mais ce jour-là nous apercevons des enfants d’une école allemande qui ont fait une sortie pour passer du bon temps. Ils occupent une partie du parc, loin de la « moquette » des migrants. En compagnie de quelques confrères, nous sommes dans ce gigantesque parc. Certains « locataires » sont méfiants, d’autres nous sourient. Après avoir dépassé une communauté sénégalaise de dealers, nous tombons sur des gambiens. Apparemment, nous ne sommes pas les bienvenus, parce que deux européennes sont avec nous. Nous nous séparons de nos consœurs allemandes et certains gambiens baissent la garde, mais sans toutefois nous ouvrir les bras. Car là, nous sommes dans leurs « bureaux » et il y a un superviseur qui n’autorise pas les échanges avec des journalistes. Nos interlocuteurs d’un jour abrègent la conversation en argumentant qu’ils sont arrivés dans la Bundestag il y a deux semaines.

Alors, ils nous orientent vers d’autres migrants de nationalité malienne. Nous allons vers eux. Le premier que nous rencontrons est peu bavard mais attire notre attention sur un fait. « Tous les migrants ne sont pas logés à la même enseigne », dit-il avec une mine d’enterrement. N’empêche, il raconte ses mésaventures. Ce dernier est passé par la méditerranée pour débarquer en Italie. Mais vu qu’il a besoin de travailler pour nourrir sa famille restée en Afrique, il s’est installé en Allemagne à cause de l’éventail du marché de l’emploi. « Ici on ne nous permet pas de travailler parce qu’on n’a pas de papiers. Or, on refuse de nous donner les papiers. A chaque fois, on nous demande de retourner en Italie où nous avons été enrôlés ». S’indigne notre premier interlocuteur qui est un migrant légal en Italie, mais indésirable en Allemagne. Non loin de lui, un autre malien. Il est heureux de rencontrer des ivoiriens. Car ce dernier a des souvenirs d’Abidjan. Mais il est plus acerbe : « Ils aiment clamer sur les antennes des médias qu’ils accueillent les migrants et prennent soin d’eux. Je vous dis que c’est archifaux. En Allemagne, on te presse pour que tu quittes leurs pays. Surtout nous les migrants de l’Afrique noire, nous ne sommes pas les bienvenus. Mais nous ne voulons pas retourner au pays les mains vides. Car on a trimé pour être là. Alors on se débrouille ici au parc en faisant les business (vente de cannabis) ». Il va plus loin pour nous mettre la puce à l’oreille quant aux choix des migrants les plus privilégiés. « Pour avoir les papiers ici, il faut venir de Syrie, Pakistan ou être homosexuel. Sinon vous aller tourner en rond et votre rêve va s’estomper ».

 

La réception sélective de migrants

Du côté des autorités allemandes, le son de cloche est différent. Nous sommes reçus d’abord par dame Monika Hebbinghaus, responsable de la communication de l’Office fédéral de Berlin pour les réfugiés à Quedlinburger Strasse (quartier de Berlin). C’est dans un bâtiment hautement sécurisé que nous devons échanger. On aperçoit des migrants blancs. Plus tard, on nous dira qu’ils viennent du Moyen-Orient. Selon Monika, cet officie recense les migrants venus de tous les pays. Et elle fait la part belle aux migrants venant des pays généralement en guerre tels que la Syrie, le Pakistan, l’Afganistan… Ils sont pris en charge automatiquement sans toutes formes de procédure. Quelques érythréens et somaliens sont également retenus d’office avec l’alibi qu’ils appartiennent à des pays instables. Il a été souligné que de 2015 à nos jours, l’Allemagne a enregistré 1,8 million de réfugiés. Mais les privilégiés de cet asile sont les personnes venant des pays dits « non sûrs » à cause de la guerre, des victimes de la dictature ou des homosexuels persécutés et des victimes de mutilations génitales. Ils sont enrôlés et conduits dans des centres d’accueil. Ils sont logés et nourris avec en prime, la bagatelle de 120 euros (standard) par personne. Ces migrants reconnus officiellement avec le statut de réfugiés sont pris en compte et leurs enfants bénéficient des mêmes droits qu’un petit allemand.

 

Des migrants crient l’injustice

Aboubacar Sidibé, est un migrant très célèbre en Allemagne pour avoir filmé sa traversée depuis le mont Gourougou au Maroc jusqu’en Espagne dans la nuit du 19 au 20 octobre 2014. Il débarque à Dortmund (Allemagne) en avril 2015 dans un camp de refugié situé hors de la ville.  Et le film de sa traversée avec ses amis a raflé plusieurs prix et même a servi de conférence dans des universités allemandes. Cette production a également obtenu trois prix aux Usa mais, par manque de documents, Aboubacar n’a pas pu se rendre au pays de l’Oncle Sam où il était réclamé. Bien qu’il ait une casquette d’homme de culture, il demeure un « sans papier ». En décembre 2016, le droit d’asile lui est refusé. Alors en mai 2017, il quitte le camp des réfugiés pour prendre son destin en mains. A présent, le jeune Sidibé est dans un état de frustration et estime qu’il y a une injustice. Car, si tous les hommes sont égaux, tous les migrants doivent être sur le même pied d’égalité. « Mais on privilégie les syriens et les homosexuels. Ou bien on te donne les papiers quand on sait que tu es en phase terminale d’une maladie. Pourtant, nous sommes tous venus dans le même but. Etre à l’aise que dans nos pays respectifs. Moi, on m’a refusé le droit d’asile parce que je viens du Mali qui est considéré comme un pays sûr selon eux. Alors j’ai interjeté appel ». Ce dégout est aussi ressenti par M. Bruno Watara, un ressortissant togolais qui a vécu toutes les humiliations et frustrations dans les camps d’asile depuis 1997 où il a foulé le sol allemand. « On nous a logé au début dans un ancien camp militaire désinfecté. Il fallait marcher longtemps pour accéder à la ville », se plaint-il. En 2003, le droit d’asile lui est refusé. Il a fallu attendre 2006 où il a fait un « mariage politiser » (mariage arrangé) pour obtenir des papiers. Mais il ne se considère pas mieux que les autres migrants qui errent dans l’espoir d’un lendemain meilleur. Pour cela, il a organisé des marches de protestations pour que réparation soit faite. Afin que les migrants aient des papiers pour pouvoir se soigner et travailler comme les autres. « Que tout le monde puisse circuler et aller partout sur la planète ». Bruno Watara, l’activiste, a obtenu avec ses camarades, le respect de la libre circulation des migrants en Allemagne. « Avant, la police traquait les migrants. Mais à force de mobilisation, on nous a laissé en paix ». Clame-t-il avec fierté. Ce qui nous amène à comprendre mieux l’aisance avec laquelle les africains s’adonnent à la vente de cannabis dans le parc de Grölitzer. Il a annoncé la création du « Parlement de la diaspora » le 11 mai 2019, afin de marcher, parler et lutter pour le droit des réfugiés. Car les demandeurs d’asile en Allemagne veulent plus de droits et vivre simplement sur la terre du Reims.

 

Une police à double vitesse

Il y a quelques années, la police allemande traquait les migrants sous l’impulsion des états fédéraux mais, les choses sont en train de changer. Car les responsables de la police de Berlin que nous avons rencontrés, disent simplement obéir aux ordres. Elle a créé un programme de prévention de la criminalité en éduquant la population. La police veille sur la quiétude des ressortissants allemands. Avant, elle faisait irruption dans les camps de réfugiés mais actuellement, elle rode aux alentours pour contenir des éventuelles crises. Parfois, comme le souligne une responsable de la police, « Nous arrêtons des migrants en possession de la drogue. Mais lorsqu’on les écroue, l’Etat nous demande de les relaxer. Nous nous sentons frustrés. Car on ne peut pas nous demander de mettre de l’ordre dans la ville et en même temps se faire hara-kiri… Et si vous voyez que les dealers sont à l’aise au parc, c’est parce qu’ils savent qu’en toile de fond, rien ne peut leur arriver. Vraiment ceux qui sont arrêtés, sont ceux qui auraient commis des vols, viols et autres délits graves. Nous nous sentons indignés. Car figurez-vous que lorsqu’un migrant subit un acte de violence de la part d’un allemand à cause de la couleur de sa peau, celui-ci est sanctionné doublement que la peine habituelle pour ce crime. Nous vivons dans cette atmosphère du « chat et de la souris » au quotidien. Et chaque jour, le nombre de migrant ne fait que croitre ».

 

L’office central des migrations et des réfugiés submergé

L’office fédéral des migrations opère au niveau national est envahi chaque jour, par des migrants qui veulent le droit d’asile. Au quartier Nuremberg à Berlin où se trouve son siège, l’office coordonne 40 antennes dans toute l’Allemagne. A son siège, il recevait plus de 2000 demandeurs d’asile par jour en 2015. Cet office s’efforce de trouver une issue favorable pour chacun, mais plus particulièrement pour des personnes spécifiques. Les responsables confirment ce que disaient les migrants du parc. Car selon l’office central des migrants, les syriens sont pris en charge à 90%. Ensuite quelques personnes des pays en guerre, exilés politiques et les homosexuels. Quant au reste, c’est à revoir…

 

Des migrants comme un « mal nécessaire »

S’ils ne sont pas expulsés, ils ne sont pas non plus insérés automatiquement dans le système allemand. Alors pour survivre, ils sont obligés de vendre de la drogue pour certains et des boulots au noir (ce qui est rare et un risque pour les employeurs) pour d’autres. Mais tous ceux à qui l’asile a été refusé, se tournent vers des avocats pour faire appel. En général, ces appels sont sans suites favorables. Me Benjamin Düsberg, avocat de droit pénal, affirme avoir longtemps travaillé pour les réfugiés. « Les migrants à la peau blanche ont plus de chance que ceux à la peau noire (…) 95% des contrôles effectués par la police sont faits sur les migrants noirs… Pour des migrants pris avec une grande quantité de drogue, ils sont soumis à des peines par le tribunal. Des amendes à hauteur de 600 euros (393.000Fcfa environ) et en cas de récidive, cette personne est placée en détention préventive puis relaxer plus tard ». D’où l’idée que ces « dealers » et autres migrants peuvent se permettre certains écarts sans craindre le système. Par ailleurs, certaines associations comme « Joliba » qui a son siège non loin de Grölitzer Park se bat pour l’intégration des migrants. Mais, elle est plus active pour le cas des femmes et des enfants (qu’elle considère plus vulnérables). Chaque mercredi, elle organise à son siège un déjeuner gratuit pour tous les migrants. « Joliba » se veut une tutrice de certains migrants. Mais beaucoup reste à faire. Pour savoir ce que l’administration allemande pense des migrants en réalité, nous nous sommes tournés vers madame Monika Hebbinghaus de l’office des migrants de la ville de Berlin.  L’Allemagne serait-elle une nation heureuse, si tous les migrants et refugiés rentraient chez eux ? Sa réponse a été sans appel. « L’Allemagne ne peut pas vivre sans les migrants et refugiés. Car notre population est vieillissante. Et nous avons besoin des autres pour travailler afin de maintenir ou accroître notre économie ». Si tel est le cas, pourquoi ne pas insérer les jeunes valides et travailleurs de l’Afrique subsaharienne dans le tissu social ? Tous ont demandé le droit d’asile pour travailler en Allemagne et s’occuper de leurs familles en Afrique. Mais comme ils constatent qu’ils sont « persona no grata », ils ont divisé les parcs de la ville par région et nationalité et y vendent de la drogue pour survivre. Ce qui d’ailleurs, réjouit les consommateurs allemands de pur-sang.

Franck RV à Berlin (Allemagne)

franckrv@hotmail.fr


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